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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 14:53

Depuis le 20 janvier, la Guadeloupe s’est mise en grève générale et illimitée. Un collectif intersyndical contre l’exploitation s’est constitué, nommé Liyannaj kont pwofitasyon (LKP), sur la base de 133 revendications touchant tous les domaines de la vie sur l’île (salaires, transports, santé, éducation, production agricole…). Ces revendications sont la suite logique d’un mouvement commencé en opposition aux prix prohibitifs des carburants, le litre de sans-plomb était monté à 1.77 euros, dans un contexte de crise mondiale. Les habitants n’étaient plus en capacité de se déplacer. Le mouvement a rapidement pris de l’ampleur et durant deux semaines, sans intervention du gouvernement français, les revendications se sont multipliées pour constituer ce qui est quasiment un programme politique.

 

Il faut comprendre que la crise touche d’autant plus durement les DOM-TOM que les prix y sont beaucoup plus chers qu’en métropole. Les grandes familles possédant la moitié des terres agricoles et foncières, mais également la majeure partie des commerces (notamment grandes surfaces), expliquent ces prix par le coût du transport pour les importations. Cela explique une partie du surcoût, en revanche, quelle peut bien être l’explication du prix des bananes, 40% plus chères qu’en métropole, produites localement ? La réalité économique tient à l’oligopole organisé depuis des siècles par une minorité de familles (Hayot, Huyghues Despointes…) sur d’anciennes colonies qu’elles considèrent toujours comme telles. A cela s’ajoute les nouveaux monopoles de multinationales sur les économies insulaires. Dans le contexte actuel c’est la Société anonyme de la raffinerie des Antilles (SARA), filiale de Total, qui se met en avant. Elle possède en effet le monopole de la production et de la distribution du carburant en Guadeloupe et en Martinique, où la crise s’est étendue depuis cinq jours. Or les prix du carburant, décidés en accords avec le préfet, sont complètement fantaisistes et permettent des marges éhontées à cette compagnie (comme le révèle Le Monde du lundi 9 février divulguant un pré-rapport sur la filière pétrolière aux Antilles).

 

L’absence totale de concurrence aurait du interpeller beaucoup plus vite les tenant de l’ultralibéralisme économique du gouvernement actuel, or Yves Jégo, secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-mer, n’est arrivé en Guadeloupe que jeudi 5 février, au moment même où un collectif (dit « du 5 février ») se constituait en Martinique pour relayer le mouvement social. La principale revendication de ce dernier est la baisse de 30% du prix des produits de première nécessité. En Guadeloupe, les négociations avec le LKP ont abouti jusqu’à présent à des accords sur 132 des 133 revendications. La dernière revendication concerne la hausse des bas salaires et des retraites de 200 euros. Celle-ci devait être discutée dans la soirée du dimanche 8 février. Elle ne l’a pas été car Yves Jégo est rentré à Paris pour discuter la situation avec François Fillon, sans en avertir les syndicats, nouvelle preuve du mépris de la droite française pour le dialogue social. Le patronat demandant 109 millions d’euros pour financer la hausse des salaires, le secrétaire d’Etat a du se rendre compte de la gravité d’un tel engagement au moment où le président refuse la relance par la consommation. Il est donc rentré prendre ses ordres. En attendant le mouvement social continue, et est repris en Martinique et en Guyane où le gouvernement devra dans les mêmes conditions faire des concessions.

 

Au-delà de la crise sociale, la situation aux Antilles pose aussi le problème du rapport de la métropole aux DOM-TOM et met en exergue une atteinte au pacte républicain et aux valeurs fondatrices du pacte républicain.

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Published by agir en jeunes socialistes - dans Société
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