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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 22:50

Que cache l’avalanche des réformes ou des projets de loi relatifs à l’éducation publique, défendus corps et âme par Nicolas Sarkozy et menés au pas de charge par Xavier Darcos, ministre de l’Éducation Nationale, et par Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ?

·     Une volonté assumée de voir disparaître les moyens humains, horaires et financiers indispensables à la réussite de tous.

 

·     Une idéologie tenace fondée sur le désengagement de l’État, la privatisation de notre rapport à l’éducation et la remise en cause du service public au profit du privé.

 

Autant de mesures qui organisent une concurrence généralisée entre les élèves, qui perpétuent les discriminations et les inégalités sociales et culturelles, et qui n’apportent aucune solution aux problèmes de l’échec scolaire et de l’insertion professionnelle.

La droite semble avoir oubliée que les jeunes visées par ses choix n’ont pas hésité à descendre à deux reprises dans la rue (contre le CPE en mars 2006 ; contre la loi LRU en novembre 2007) dans le but d’exprimer leurs craintes à l’égard de l’avenir qu’elle leur réserve et afin de manifester leurs inquiétudes concernant la précarité dans laquelle elle les installe.

Force est de constater que les solutions qu’elle a prise pour réformer les lycées et les universités ne tiennent pas suffisamment compte de ces messages. Elle échoue donc indéniablement à trouver les solutions satisfaisantes pour répondre à une nouvelle question sociale propre aux jeunes qui s'est durablement installée au sein de la société française.

Notre projet pour l’école, l’université et la formation doit donc occuper un rôle central durant l’année à venir. L’ambition de cette contribution est d’ouvrir le débat concernant notre vision de l’éducation, celle que nous devons opposer à la droite et proposer à tous ceux dont nous souhaitons porter les aspirations.

I. Promouvoir l’égalité réelle au sein de l’École Républicaine

La Gauche peut se féliciter de la massification scolaire du fait qu’une part considérable d’une génération sort désormais du système scolaire avec son baccalauréat. Or, force est de constater que plus le niveau d’études augmente, plus la proportion d’élèves des couches sociales les moins favorisées diminue. Les inégalités, présentes dès l’école maternelle, s’accentuent au fur et à mesure que le niveau d’études augmente, du fait d’une moins bonne réussite des enfants issus de milieux défavorisés ou, tout simplement, de choix d’orientation influencés par le milieu social.

Alors que les enfants d’ouvriers, d’inactifs et d’employés représentent la majorité des élèves de sixième (56 % pour les deux catégories cumulées), ils ne constituent qu’une faible part (16 %) des élèves de classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). A l’inverse, les enfants, dont les parents sont cadres ou exercent une profession libérale, ne représentent que 16 % des élèves de sixième, tandis qu’ils constituent plus de la moitié (55 %) des élèves de classes préparatoires.

Face à une telle situation, nous estimons que notre nouvel horizon de transformation sociale réside essentiellement dans une lutte massive contre les mécanismes de « reproduction sociale » dont notre système scolaire, bien loin d’être l’instrument nécessaire à la réduction des inégalités, s’avère être en fait un vecteur qui les perpétue voire les amplifie.

Dans ces conditions, promouvoir l’égalité réelle des chances consiste à vouloir dépasser l’égalité formelle des droits, c’est-à-dire accepté de ne plus être dans l’illusion selon laquelle l’école est intrinsèquement le lieu républicain de l’égalité de tous.

Souhaitant combattre les inégalités à la racine, nous devons donc agir en premier lieu là où se détermine les trajectoires professionnelles et où se façonne les destins de chaque personne. Les inégalités de destin se trouvant être conditionnées en grande partie par les inégalités sociales et économiques du territoire où l’on vit (l’exemple des banlieues étant le plus significatif), défendre l’égalité réelle consistera dans un premier temps :

·     à donner à chacun un capital public qui compense et équilibre un capital de départ parfois fragilisé. Le principe consiste à « donner plus à ceux qui ont moins » et à concentrer les moyens pédagogiques sur ceux qui en ont le plus besoin.

 

·     à tendre vers une mixité sociale réelle en aidant à la mobilité géographique des élèves (avec l’ouverture d’internats et l’aide aux transports ; en encourageant les grandes écoles à recruter dans les milieux les plus modestes, en envisageant une refonte de la carte scolaire, etc.)

 

·     à définir une nouvelle politique des zones d’éducation prioritaire (renforcer massivement les moyens financiers, adapter l’enseignement aux besoins pédagogiques des élèves en réduisant les effectifs par classes et en incitant les enseignants les plus expérimentés à y exercer, etc.)

A partir de cette méthode, nous devons cibler les tranches d’âge cruciales (celles qui marquent la construction identitaire des enfants) tout en formulant une vision globale et transversale de l’École Républicaine, allant du plus jeune âge à l’adolescence, alliant enseignements fondamentaux et perspectives d’orientation, articulant domaines scolaires et périscolaires.

Un exemple : promouvoir l’égalité réelle dès la petite enfance.

Prendre en compte les inégalités à la source suppose que l’action publique commence dès la petite enfance en passant notamment par la création d’un service public de la petite enfance de (0 à 3 ans) qui couvrirait la généralisation des crèches, les gardes d’enfants, le suivi médical et psychologique.

2,4 millions d’enfants seraient concernés par la mise en place du service public de la petite enfance (en sachant qu’aujourd’hui, 10% d’entre eux bénéficient d’une place en crèche alors que plus de 50% sont gardés à domicile par leur mère ; 1% du PIB est investi dans la petite enfance ce qui est loin d’être suffisant).

Objectifs principaux:

·     offrir les mêmes conditions de socialisation et donc les mêmes chances de développement à tous les enfants quel que soit leur milieu d’origine (il faudra pour cela garantir un service public de même qualité quelque soit le territoire où l’on vit en clarifiant les rôles et des financements des collectivités, de la CAF et de l’État afin de gommer les disparités géographiques)

 

·     porter à 3 ans le début de la scolarité obligatoire afin d’acter le rôle fondamental de l’école maternelle pour lutter contre l’échec scolaire (notamment dans l’acquisition et la maîtrise du langage)

 

·     offrir un suivi pédagogique individuel et personnalisé (cela implique des classes à petits effectifs et aux moyens pédagogiques et humains renforcés, notamment dans les quartiers marqués par les inégalités sociales ou dans les milieux ruraux où les modes de garde collectifs sont encore rares)

 

·     envisager un cursus d’accueil laissant le choix au couple des modes de garde qui correspond le mieux à leur enfant et développer l’inter modalité de l’offre de garde, notamment pour les couples travaillant en horaires atypiques (cela permettrait, entre autres, de favoriser la reprise d’activité des femmes dès la fin du congé de maternité

 II. Promouvoir une société de l’éducation permanente


Confrontée aux défis de la mondialisation, l’Europe a fait le choix d’une économie de la connaissance. L’Éducation nationale, enseignement supérieur compris, doit désormais s’intégrer à un vaste réseau permettant l’émergence d’une éducation tout au long de la vie.

Dans ces conditions, l’égalité réelle doit se concrétiser par :

·     la volonté d’élever le niveau général de formation et de qualification du plus grand nombre

 

·     la volonté d’étendre les libertés de chacun en permettant aux personnes de s’émanciper dans un cadre collectif et en leur fournissant les moyens de choisir leur façon de vivre, leurs liens et leurs pratiques culturelles.

Cela implique par ailleurs que la clé de la réussite scolaire englobe l’orientation et l’insertion professionnelle. 

A - Assurer la réussite scolaire de tous en permettant à chacun de mieux s’orienter.

Constat : le problème majeur de l’éducation reste celui de l’échec scolaire

Au terme de la scolarité obligatoire, notre modèle met à l’écart  près de 150000 jeunes chaque année sans leur permettre d’accéder au baccalauréat ou à une qualification professionnelle.

D’autre part, seuls 45% des bacheliers inscrits en licence LMD parviennent en troisième année sans redoubler et plus de 20% des étudiants font le choix d’interrompre leur cursus universitaire au cour des deux premières années.

Face à une telle situation, la réduction de l’échec scolaire suppose de repenser globalement le problème de l’orientation (à travers les interfaces collège-lycée et lycée-supérieur), le préalable étant un accroissement indispensable des moyens humains et financiers de manière à améliorer qualitativement l’encadrement et l’accompagnement des collégiens, des lycéens et des étudiants.

Dans cette perspective, nos pistes de réflexions sont les suivantes :

·     repenser le lien entre la classe de troisième et de seconde

Elles pourraient être conçues comme deux étapes d’un même cycle d’orientation prenant appui sur un tronc commun destiné à donner à tous les élèves les fondements d’une culture commune de base ; sur des itinéraires de découverte permettant d’explorer les différentes voies de formation et  s’inspirant des TPE ; sur un emploi du temps intégrant un volume horaire destiné à l’orientation et à l’élaboration d’un dossier personnel assurant une traçabilité de l’itinéraire de l’élève. L’orientation reposerait en fin de seconde sur le choix des familles et de l’élève après avis du conseil de classe.

·     repenser le lien entre la classe de terminale et la première année de licence

Cela nécessite une évolution du contenu et des modalités des enseignements, notamment la mise en œuvre de travaux s’inspirant des TPE pour préparer les élèves au type de production du supérieur. La première année du cycle LMD doit faire l’objet d’une attention spécifique afin qu’une orientation soit rendue possible tant par le contenu des enseignements pluridisciplinaires délivrés favorisant l’acquisition progressive d’une spécialité que dans ses modalités (démarches expérimentales, tutorat d’accueil, encadrement et dossier personnel).  

B - Garantir la poursuite des études dans le supérieur en assurant l’autonomie de chacun et l’insertion professionnelle de tous

Constat : les 2 problèmes majeurs des études dans le supérieur restent les conditions dans lesquelles elles sont faites et l’insertion professionnelle

Avec la massification de l’enseignement supérieur, la précarité est devenue une réalité aussi bien durant les études (un nombre toujours plus grand d’étudiants est contraint de travailler pour financer ses études) qu’après le diplôme (le CPE proposé par la droite en 2006 fut l’exemple d’une mauvaise réponse apportée à une vraie préoccupation des étudiants : l’insertion professionnelle).

Face à une telle situation, nos pistes de réflexions sont les suivantes :

·     à court terme, repenser le système des bourses

 

Défendre l’idée d’une augmentation, d’une pondération en fonction du territoire et d’un rétablissement d’une véritable justice sociale dans le financement) et le compléter par d’autres dispositifs (développer par exemple les prêts d’État à taux zéro pour les étudiants,  remboursables une fois l’étudiant diplômé et seulement s’il occupe un emploi stable et  rémunéré) 

·     à  long terme, écarter les propositions du type « allocation d’autonomie » pour les étudiants

 

Cette idée introduit un égalitarisme douteux du fait d’être attribuée universellement ; elle instaure un statut juridique pour les jeunes en fonction de l’âge et non d’un besoin social et implique que les jeunes ont les mêmes projets. Il conviendrait de déplacer le problème à un niveau plus global intégrant la question de la formation tout au long de la vie. Le débat porterait alors sur l’idée d’une allocation/crédit de formation, utilisable dès 16 ans, couvrant l’équivalent de 8 années de formation utilisable en plusieurs séquences et permettant à chacun de construire son propre parcours de formation

·     soutenir les formations de qualité adaptées au monde du travail

 

En créant un contingent de bourses (à l’échelle régionale par exemple) de manière à soutenir la formation (bourses de stages en PME/PMI) et l’intégration des doctorants (bourses doctorales type thèse SIFRE) ; créer des conventions techniciens supérieurs autour de projets innovants, de titulaires de BTS ou DUT et de centres de compétence. Favoriser les contrats de transfert de technologie qui associent les compétences d’un diplômé Bac+5 à un établissement d’enseignement supérieur, un organisme public de recherche ou un centre technique et une PME/PMI disposée à financer le projet pour partie.  

·     Moduler le taux d’impôt sur les sociétés afin d’inciter les entreprises à embaucher des jeunes

 

Il s’agit de favoriser les entreprises qui s’engageront dans cette politique d’insertion massive des jeunes par l’alternance, en allégeant leur fiscalité à hauteur du nombre de contrats conclus. Celles qui ne jouent pas le jeu seraient à l’inverse pénalisées. Afin d’être efficace, la modulation devrait être significative (à hauteur de 50%) et afin de ne pas être pénalisante, elle porterait sur les bénéfices plutôt que sur les cotisations salariales. Cette proposition permet de réintégrer dans la logique de rentabilité des entreprises le financement de l’insertion professionnelle des jeunes, de leur formation-qualification et la reconnaissance des acquis de leur expérience. 
 

C - Faire vivre l’éducation sous toute ses formes 

Constat : l’éducation populaire n’est plus soutenue. En témoignent, depuis des années, l’absence manifeste des politiques publiques de l’État, son désengagement constant, le renvoi à l’initiative des bénévoles et au bon vouloir des collectivités locales.  

Face à une telle situation, nous devons défendre l’idée selon laquelle l’éducation populaire vise à développer tout au long de la vie l’autonomie des individus et favorise un exercice complet et responsable de la citoyenneté. Elle est aussi une arme pour lutter contre les inégalités. A ce titre, elle doit devenir un véritable service public, partenaire privilégier et complémentaire de l’Éducation Nationale. 

Dans cette perspective, nos pistes de réflexion sont les suivantes :  

·     une loi d’orientation pour l’éducation populaire qui fixe les objectifs et les moyens d’une politique de l’État, détermine la responsabilité des collectivités publiques et du secteur associatif.

 

·     un renforcement de la professionnalisation des intervenants, bénévoles ou salariés. Les compétences acquises dans l’encadrement, bénévole ou professionnel, des pratiques d’éducation populaire et sportives doivent être valorisées et validées.


Le MJS se doit d'être offensif et propositionnel en matière d'éducation car l'éducation permet de promouvoir le socialisme de l'émancipation et ouvre le chemin de l'avenir. 

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